404 FILLES MERES Dans la commune de Glazoué (2011 à 2015)

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Oups ! Erreur 404 .
Oui, il y a eu en effet erreur quelque part lorsque dans une commune on arrive à recenser 404 cas de filles-mères. Et ce, seulement dans les lycées et collèges. Les apprenties, ménagères, vendeuses et autres filles hors du cadre scolaire n’étant pas prises en compte. Même si beaucoup de ses filles scolarisées rejoindront bientôt leur rang. Triste réalité !
32,8 % des filles-mères recensées dans la commune de Glazoué sont dans la tranche d’âge de 21 à 26ans. 61,5% d’entre elles ont moins de 21ans. L’adolescence et ses poussées d’hormones ? manque de sensibilisation ? Ou juste de la naïveté ?

 
ALORS QUEL EST LE NIVEAU SCOLAIRE DES FILLES-MERES RECENSEES ?

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Entretien avec une fille-mère

La plupart des filles-mères sont tombées enceintes au 1er cycle du cours secondaire. Exactement 63,5% de ses filles se retrouvent trop tôt mères contre 33% du second cycle et 2,9% du cours primaire. Si l’on fait une comparaison avec le niveau scolaire à l’abandon, le pourcentage le plus élevé reste dans la catégorie du 1ercycle avec 62,1 de pourcentage contre 17,7 % au 2nd cycle. Ce qui vient confirmer certaines études sur le fait que pour une fille dans le système scolaire chaque année de plus augmente ses chances de finir sa scolarité. Le Directeur du CEG Magoumi explique cette accentuation au niveau du 1er cycle comme le manque d’informations sur la sexualité que connaissent généralement les filles à cet âge. Les parents estimant ces dernières trop jeunes pour s’intéresser à la sexualité se cachent derrière ce prétexte pour ne pas aborder le sujet. Et quand ils arrivent à aborder le sujet, la discussion se déroule souvent dans une ambiance de peur, de menace, d’avertissement et non dans un climat de confiance et de partage. A la question de savoir pourquoi elle est tombée enceinte si jeune, Grâce réponds qu’elle était déjà mère avant d’entrer en classe de 3eme où on abordait le cours sur la reproduction humaine. Le père d’une des filles mères avoue n’avoir jamais abordé le sujet de la sexualité avec aucune de ses filles. De ce fait il a été surpris de sa grossesse.

SITUATION MATRIMONIALE DES FILLES-MERES

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Un couple d’élève parents

Contre toute attente, la plupart des filles-mères vivent encore avec leurs parents. 71% des filles questionnées ont avoué vivre avec leurs parents. Même si pour certaines c’est dans un climat conflictuel chargé d’insultes, et d’humiliation de toutes sortes.

« C’est vraiment mauvais pour l’estime en soi et le respect que tu veux inculquer à ton enfant, d’écouter à longueur de journée des insultes », confie Cécile.

« Parfois je lui en veux profondément de me laisser vivre ici »,finit-elle parlant de son petit ami.

« Les filles ne comprennent vraiment rien avec la douceur », se défend une mère. A chaque fois que je la vois, je vois tout ce que je n’ai pas pu réussir. Cela m’énerve et j’ai besoin d’évacuer ma colère. Ce n’est pas que je ne l’aime plus. Non ! Juste que j’espère que cela va réveiller un tant soit peu sa conscience. Comment pouvez-vous comprendre qu’elle sorte encore du matin jusqu’au soir avec la situation dans laquelle elle nous a mis. Tout le village jase déjà assez. »

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Entretien avec une Mère de fille-mère

Mais 25,7% des filles-mères sont en concubinage.

« Chez mon père dès que tu tombes enceinte tu rejoins l’auteur de la grossesse et il n’y a plus de retour en arrière », confie Gloria fataliste. « On est cinq filles, je suis la 4èmeà partir de la maison à cause d’une grossesse. Je voudrais tellement conseiller ma petite sœur mais je ne la vois plus. Oh ! Il prend bien soin de moi. Il à une boutique de divers vous savez. Il paye même mes études. Mon père a exigé de lui que j’ai le BAC. Mais je n’ai pas le droit de sortir après 19h même pour aller étudier chez des amis. Il dit que personne ne viendra lui voler sa femme. Je ne peux même pas trainer à l’école parce que je dois rentrer m’occuper de mon enfant et faire à manger. Les trucs de femme. C’est juste que je m’ennuie dans ma vie alors que je n’ai que 19ans. Je veux aller à l’université mais il dit que j’aurais un autre enfant d’abord. Il est un peu jaloux. »

Parents de fille mère
Parents de fille mère

D’autres ont essayé le concubinage et sont heureusement revenu au bercail. C’est d’ailleurs le cas d’Aline.

« Avec mon mari on se disputait tout le temps. Les cris du bébé la nuit n’arrangeait rien. J’étais tout le temps énervé. Ma belle-mère au lieu de m’aider, me regardait juste de loin. Mais si c’est pour me rajouter de la lessive ou m’envoyer au marché j’existais à nouveau. C’est humiliant, mais je suis revenu chez mes parents. »

DANS CETTE AMBIANCE COMMENT S’EN SORTENT LES FILLES-MERES A L’ÉCOLE ?

Fille-mere à l'école
Fille-mère à l’école

Qu’elles soient en concubinage, célibataire ou en amitié, sur la question de l’appréciation de leurs résultats scolaires après la grossesse, 44,3% avouent qu’ils sont médiocres, 30% les estiment passables et 15% pensent qu’ils sont pareils qu’avant. Le nombre de filles-mères qui reconnaissent avoir de mauvais résultats depuis leurs grossesses est proportionnel à celles qui estiment que la garde de leur enfant leur pose un problème de disponibilité pour se consacrer à leurs études. La majorité d’entre elles ont abandonné les classes afin de se consacrer pleinement à leurs enfants. Même ainsi 75% des filles-mères désirent continuer les cours contre 23% qui ne veulent pas achever leur scolarité.
Pour arriver à achever leurs cursus scolaires ,71% des adolescentes-mères pensent avoir besoin de l’assistance de leurs parents sur le plan financier et pour la garde de l’enfant.

« Ma grand-mère m’a dit qu’être mère ce n’est pas seulement de faire des enfants, rester à la maison les garder mais aussi de se battre pour gagner sa vie afin d’être respectée dans son foyer et subvenir aux besoins de ses enfants. J’ai remis mon kaki et me voilà à l’école. Elle me garde mon fils pendant que j’étudie. C’est mon oncle qui paye les frais liés à ma scolarité. Le soutien des parents c’est important. », Souligne Nicole.

PERSPECTIVES D’AVENIR DES FILLES-MERES RECENSÉES

Photo de famille avec une classe de 3eme du CEG3 Glazoué
Photo de famille avec une classe de 3eme du CEG3 Glazoué

Malgré le fait d’avoir pris un raccourci pour devenir mère, plusieurs de ses filles ambitionnent devenir infirmière, maitresse d’école, opératrice de saisie, grande dame dans un bureau, la majorité ne se rêvent pas au delà du BEPC. Ce qui est triste dans un contexte où la compétence des femmes est beaucoup mise en doute pour servir au sein de leurs communautés et aussi dans les grandes instances de prise de décision.
Alors, l’erreur est à quel niveau ? Les parents ont-ils été moins présents ? Les filles un peu trop libertines et insouciantes ? Une communauté qui n’a pas mis en place les bonnes barrières ? Personnellement, je pense que la responsabilité est partagée. Oui jusqu’à toi qui me lis.

Passionnée de la Communication pour le Développement, et comprenant les enjeux de l’éducation des filles, je plaide pour l'achèvement de la scolarité des filles-mères.

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