A la rencontre des Filles-Meres de Glazoué

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Il y a 6 mois, j’ai entrepris une petite enquête de terrain pour m’imprégner des réalités des filles-mères de la commune de Glazoué (Bénin) ; cela a été une expérience riche en information. Je partage ici avec vous mes observations, les réflexions de quelques filles-mères et de leurs parents. Les avis de certains Directeurs d’écoles ou simplement de professeurs ou d’habitants.

  Avant propos de mon enquête

Lundi 21 Mars 2016, Cotonou, place de l’étoile Rouge, il est 16 heures quand le bus démarre pour Glazoué. Après 5 heures de route, j’arrive à destination. Le bus stationne devant le marché, malgré l’heure avancée il est super animé et l’ambiance est joyeuse. Je hèle un conducteur de taxi-moto, je lui donne le nom de mon hôtel, nous discutons et il m’y amène. En chemin je lui donne la raison de ma visite et demande s’il serait possible qu’il vienne me prendre le lendemain pour la tournée des collèges et lycée. Il décline l’offre en m’expliquant qu’il est fonctionnaire de jour et zemidjan la nuit. il promet en parler à un de ses confrères qui pourrait être là le lendemain matin à 7h30. Une fois arrivée, je m’installe, j’apprête mes fiches d’enquêtes pour le lendemain matin. Pas le temps d’avaler quoi que ce soit, juste une douche et me voilà endormie. Mon réveil se met à sonner, timidement, je me réveille. Il est 6 heures du matin.
1heures 30 après, me voici, voilà sac en bandoulière dans la ruelle de l’hôtel sans (vraiment) savoir vers où me diriger. Pas de zem promis en vue. Coup de chance ! Le premier Zem que j’arrête est un « délégué ». L’homme affirme connaître tous les collèges et lycées de la commune sur le bout des doigts. Pas d’autres choix, je lui fais confiance tout en étant un peu sceptique – je fus convaincue par la suite-. Je marchande le prix de la course pour toute la journée à raison de quatres (4) collèges dans la journée et lui propose un contrat d’une semaine. Il me conseille un itinéraire qui pourrait nous profiter en temps. J’accepte. Je demande qu’il me conduise à une cafétéria pour prendre mon petit déjeuner avant d’entamer cette longue journée qui m’attendait. Arrivés à la première cafétéria, le propriétaire refuse de me servir parce qu’il me croit être un agent des services sanitaires. A l’en croire, je pose trop de questions sur les marques de café de lait disponible chez lui etc. Je souris puis demande à mon « guide » de trouver une autre cafétéria.

Une dizaine de minutes et nous découvrons un autre endroit, proche de mon hotel. J’en profite pour lui expliquer que je suis à la recherche de fille-mère. Un autre client qui nous écoutait me confie que sa fille est dans le cas. Je lui donne rendez vous pour l’heure du déjeuner afin de rencontrer sa fille.

1er jour d’enquête (CEG 1, 2,3 Glazoué)

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Après notre petit déjeuner, me voilà en route pour le CEG 1 Glazoué (le plus grand collège de la commune) juchée sur « mon zem ». En cinq minutes nous voilà arrivés. Il m’attend pendant que j’entre dans l’enceinte du collège. Je demande à voir le Directeur, qui me reçoit après juste quelques minutes d’attente. Je lui expose la raison de ma visite dans son collège. Il m’écoute, s’excuse de ne pouvoir rester plus longtemps à cause d’un rendez vous chez le maire. Il me dirige vers le censeur de l’établissement qui, m’assura-t-il, saura me donner les détails des statistiques de filles-mères et si possible rencontrer quelques unes et discuter avec elle. Je sors ravie de son bureau et grâce à l’aide d’un élève trouve mon chemin jusqu’au Censeur. Ce dernier me demande de l’excuser le temps d’aller vérifier mes dires auprès du Directeur. De retour, je lui expose à nouveau ma préoccupation, il cherche dans ses documents m’assure qu’il existe bien les statistiques sur les cas de grossesses dans le CEG1 Glazoué depuis bientôt quatres (4) ans. Il ajoute que le surveillant est à même de me trouver les rapports dans lesquels figurent ces statistiques. Il m’accompagne dans le bureau du surveillant qui heureusement se trouve juste en face de son bureau. Mes pieds se plaignent déjà des chaussures compensées sur lesquelles je me trouve (Daah, mon professeur en communication pour le développement, doit surement s’en retourner dans sa tombe).

Arrivé chez le surveillant, ce dernier ne tarit pas d’information. En milieu d’année, le collège a déjà enregistré 16 cas de grossesses d’élève essentiellement du 1er cycle ;

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“Et ce n’est que l’effectif des cas de grossesses visibles et enregistrés sans les cas de grossesse en gestation ou habilement caché par l’élève ou qui pourraient encore survenir au cours de l’année. Il reste encore trois mois pour la fin de l’année et en trois mois tout peut arriver ”

me précise le surveillant, attristé d’une telle situation.

“Les élèves malgré les sensibilisations semblent demeurer sourds aux conseils prodigués”

Ajoute-t-il.

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A ma demande de rencontrer si possible certaines filles, Il les fait appeler pour que je puisse discuter avec elles. Je suis surprise de sa maîtrise du cas de chaque fille. Il m’explique que depuis quelques années, les établissements ont pour obligation de fournir à la DDEPS (Direction Départementale de l’Enseignement Primaire et Secondaire) une fiche de collecte d’information sur les cas de grossesses. Avec des détails comme le nom de la « Victime » sa classe, son âge, l’âge de l’auteur de la grossesse, son nom, et sa profession. Une initiative que personnellement je félicite parce qu’à la longue, cela pourrait permettre aux autorités de suivre l’évolution de ses filles et être à même de cerner les déterminants d’un probable abandon des classes ou d’achèvement de la scolarité. (Je crois que je viens de trouver le thème de ma thèse).

La 1ere fille entre dans le bureau du censeur un peu inquiète de ce qu’on lui voulait, le censeur me présente, je lui explique la raison de ma présence et demande si je peux avoir quelques informations sur sa situation, elle répond avec un oui timide et prends siège. Le censeur nous laisse son bureau, elle se détends au fil des questions, déjà une fil d’attente se crée à l’entrée du Bureau, je me sens obligée de les prendre à deux. A la question de la photo, elles répondent qu’elles préfèrent que cela soit de dos. J’accepte par pudeur et pour respecter de leurs droits de choisir.

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Je passe plusieurs heures à discuter avec les filles. A la fin, j’ai laissé quelques fiches au surveillant pour les absentes. Ma première observation: la plupart d’entre elles sont naïves, et ont une trop grande confiance en leur capacités à calculer leurs cycles qui ne sont pas toujours réguliers. Le préservatif, elles connaissent mais oublient de l’acheter car pour la majorité ce n’est pas des relations sexuels avec un petit ami établi mais un coup vite fait pendant lequel, soit emporté par les sensations ou par peur d’une occasion ratée, n’exigent pas le préservatif. Malheureusement, aucune de ses filles à première vue ne correspond aux profils recherché par le programme de parrainage EducFilleMere : Déterminée, la rage de réussir, La volonté d’apprendre et d’aller loin dans les études. Consciencieuses. Une bonne moyenne dans les classes antérieures. Je collecte quand même les informations sur elles. Une première impression n’est pas définitive. Je remercie les autorités de l’établissement et continue ma croisade sur mon zem.

A Suivre…

Akossiwa DOKPODJO

Passionnée de la Communication pour le Développement, et comprenant les enjeux de l’éducation des filles, je plaide pour l'achèvement de la scolarité des filles-mères.

7 thoughts on “A la rencontre des Filles-Meres de Glazoué

  1. À la lecture de ce compte rendu, je dois dire que ce voyage d’enquêtes est une belle initiative. Au blog camp 229 on nous a recommandé d’agir concrètement pour résoudre des problèmes concrets. Tu le fais dejà si bien.

    Ah, au fait si tu passais à Natitingou dans le cadre de Éducation fille mère, je me ferai une joie d’être un guide… si tu promets de ne pas demander les marques des cafés et laits disponible ???

    1. Merci beaucoup Eurydoce. Apparement Natitingou m’appelle. J’ai prevu faire mon prochain enquête pour le compte de l’année scolaire 2016-2017 à Natitingou. Aussi j’ai eu un contact sur facebook qui m’a parlé de la situation des filles-mère à Natitingou. En plus de ta proposition…c’est motivant. T’inquiète je ne demanderais pas les marques de café et lait disponible.? Je viendrais avec mes preferences.?

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